Revue d’histoire intellectuelle

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Avant-propos JULLIARD (Jacques)

lundi 21 septembre 2015

Le présent numéro des Cahiers prolonge l’effort entrepris dans le précédent : il poursuit la correspondance Berth-Sorel (qui s’étendra encore sur les deux prochaines livraisons) ; il élargit, au-delà du cas Sorel, le rayon d’action de la revue à divers aspects de la vie intellectuelle au tournant du siècle. Ainsi l’article de Christophe Charle, auteur d’une imposante thèse sur les intellectuels et les élites en France de 1880 à 1900, donne un éclairage nouveau sur le problème souvent évoqué et pourtant mal connu : le rôle des étudiants dans l’affaire Dreyfus. L’étude quantitative des diverses pétitions montre que si la militance dreyfusarde chemine selon des filières classiques, qui vont de l’École normale supérieure et de l’École pratique des hautes études jusqu’aux facultés des lettres et des sciences, la mobilisation antidreyfusarde est très souvent de nature réactive : conformation au milieu ambiant ou protestation contre l’engagement minoritaire de certains professeurs. Ainsi, deux modèles se metten en place. Selon le premier, l’étudiant est un apprenti intellectuel. Selon le second, il participe aux courants anti-intellectuels de l’époque et donne le signal d’un glissement à droite du Quartier Latin, qui se poursuivra jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Dans le même esprit, Jean-Luc Pouthier retrace l’histoire des relations personnellement amicales, mais intellectuellement sans complaisance, que Roberto Michels entretient avec les syndicalistes révolutionnaires français.

Quant à la deuxième tranche des lettres de Sorel à Berth, publiée dans ce Cahier, elle couvre la période 1909-1910, traditionnellement désignée sous le nom de « flirt avec l’Action française ». On verra ici la nature résolument « non politicienne » de ce flirt et surtout ses limites : pas question pour Sorel de se laisser manipuler ou de se laisser dépouiller de la majorité au sein du comité de rédaction de la Cité française, la revue projetée. On notera encore que les réticences de Sorel vont en s’accroissant au fil des semaines et que l’échec de l’entreprise suscite chez lui un soulagement qu’il ne cherche pas à dissimuler. En réalité, le « flirt avec l’A.F. » signifie surtout la « fin d’une liaison » avec le syndicalisme et avec ses représentants, une sorte d’adieu aux armes.

Le conservatisme de Sorel dans les questions féminines et sexuelles constitue avec l’antisémitisme (sur lequel nous avons publié dans notre n° 2 l’étude de Shlomo Sand), un des aspects les plus contestés de sa personnalité. L’article de Françoise Blum rappelle deux caractères essentiels : l’influence de Proudhon, le primat de la morale. À quoi s’ajoute dans la ligne de Gustave Le Bon mais aussi de Freud qu’il ignore, une dimension de psychologie collective qui n’est pas surprenante chez l’auteur de la théorie du mythe.

Terminons par quelques nouvelles :

- Le renouveau d’intérêt pour les études soréliennes vient d’être souligné par la parution, aux Cahiers de l’Herne, d’un important numéro dirigé par Michel Charzat, auquel ont participé la plupart de nos collaborateurs.

- La Société d’études soréliennes a organisé le 29 janvier 1987 à l’Ecole des hautes études en sciences sociales une table ronde consacrée au rôle des revues dans la vie intellectuelle au tournant du siècle. Quelle était la place des revues dans la stratégie de communication des intellectuels de la période ? Est-il possible de la comparer à celle des intellectuels d’aujourd’hui ? Comment vivaient les revues d’alors ? [En voir la publication dans le n° 5.]


Cet article a été publié dans Mil neuf cent, n° 4, 1986 : Varia, p. 3-4.
Auteur(s) : JULLIARD (Jacques)
Titre : Avant-propos
Pour citer cet article : http://www.revue1900.org/spip.php?article15
(consulté le 21-09-2015)

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