Revue d’histoire intellectuelle

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Avant-propos JULLIARD (Jacques)

lundi 21 septembre 2015

Enquêter, c’est s’enquérir, c’est-à-dire s’informer. Autrement dit, assembler une documentation. Le premier sens du mot histoire, c’est enquête, nous le savons depuis Hérodote. Mais à la fin du xixe siècle, le mot enquête prend un sens nouveau, plus spécialisé. Il s’agit de faire parler des gens, de confronter leurs opinions, et d’en tirer ensuite des conclusions. Bientôt viendra le moment où l’on ne se contentera plus de cette confrontation ; on comptera. De qualitative, l’enquête deviendra quantitative, et l’on sait l’extension galopante qu’ont prise de nos jours les enquêtes d’opinion.
Ainsi, l’enquêteur ne se borne pas à réunir une documentation. Il la suscite. Il fabrique ses archives. On se prend à imaginer ce qu’eût été une enquête d’opinion au lendemain de l’assassinat de Jules César, ou pendant le procès de Louis XVI, ou au moment de l’abolition de l’esclavage… L’enquête, sous ses diverses formes, est devenue un instrument de la connaissance, notamment dans le domaine des sciences sociales, ou dans celui du journalisme. Cela peut aussi devenir une solution de facilité, un alibi à la paresse. Combien de travaux universitaires ou journalistiques qui, sous prétexte de mieux connaître l’opinion publique sur un domaine donné, se contentent d’un questionnaire adressé à des personnalités, dont on juxtaposera les réponses !

Nous avons voulu à notre tour enquêter sur l’enquête. Les articles que l’on trouvera dans ce numéro ont pour point de départ un colloque organisé le 29 mars 2001, avec le centre Alexandre Koyré de l’École des hautes études en sciences sociales, qui nous a offert ses locaux… Qu’il trouve ici nos remerciements : notamment Dominique Pestre, Président du centre Koyré, qui a présidé une de nos sessions, ainsi que Jacqueline Carroy qui a conçu et organisé le colloque aux côtés de Christophe Prochasson. On n’en dira pas plus ici, et l’on renvoie ci-dessous à la présentation générale du numéro par celui-ci.
On ajoutera seulement que ce faisant, nous demeurons fidèles à notre souci d’étudier les genres d’expression qui sont autant de sciences auxiliaires de l’histoire : les revues, les correspondances, les congrès. Aujourd’hui, les enquêtes.

Et demain, cette forme de débat si particulière, dont les Français raffolent et que l’on nomme la controverse. Tous nos abonnés et nos lecteurs sont cordialement invités à participer à la journée d’études consacrée à la controverse, que nous tiendrons le 3 décembre 2004 à Reid Hall, 4 rue de Chevreuse, Paris vie (renseignements complémentaires au secrétariat de la revue à partir de septembre).
Un dernier mot, pour attirer l’attention sur la lettre inédite de Georges Sorel à Mgr Dupanloup, en date du 22 janvier 1872, assortie d’un substantiel commentaire de Patrice Rolland. Sur les rapports de Sorel avec la religion, dont nous commençons seulement à mesurer l’importance, c’est un document capital.


Cet article a été publié dans Mil neuf cent, n° 22, 2004 : Enquête sur l’enquête, p. 3-4.
Auteur(s) : JULLIARD (Jacques)
Titre : Avant-propos
Pour citer cet article : http://www.revue1900.org/spip.php?article32
(consulté le 21-09-2015)

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