Revue d’histoire intellectuelle

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Giuseppe Rensi, Contre le travail. Essai sur l’activité la plus honnie de l’homme

Paris, Éd. Allia, 2017, 143 p.

lundi 19 novembre 2018

Après avoir publié dans la même veine, entre autres, Lafargue, B. Russell, R.L. Stevenson et Malevitch, les éditions Allia nous font découvrir un auteur italien maudit, fleurant scepticisme et nihilisme, dont l’épitaphe gravée sur sa tombe à sa mort, en 1941, résume bien la singularité : Etsi omnes, non ego (« Bien que tous, pas moi »). Avant d’être un philosophe pessimiste (philo- puis anti-fasciste), Giuseppe Rensi a été un socialiste mazzinien qui a fait pendant son exil en Suisse l’apologie de la démocratie directe (1902) et a fustigé la vulgate proudhonienne-marxiste en dé­non­çant la portée coercitive de la « morale du travail » à laquelle il opposa une conception du socialisme fondée sur la réduction du temps de travail et « la plus grande libération possible de l’esprit vis-à-vis du travail » (1908).
Ce texte, intitulé simplement « Le travail », prolonge sa réflexion ; il est tiré d’un ouvrage tripartite qu’il fit paraître en Italie en 1923 (L’irrazio­nale, il lavoro, l’amore). En voici la forte thèse. Le travail, à l’époque de l’industrie moderne, suscite une « haine » et une « insurrection » non pas contre ses modalités ou son statut juridique (comme le voudrait le mouvement ouvrier), mais contre l’« inhumanité » et l’« absurdité » qu’il représente en soi. Comme le prouve l’absentéisme des ouvriers là où le communisme prévaut, la thèse d’un « enthousiasme pour la production », sur laquelle avait compté Georges Sorel, n’est qu’une « ânerie ». Ce n’est pas tant par l’effort qu’il demande que le travail doit être distingué de l’activité créatrice ou du « jeu », mais parce qu’il est un « moyen » contraint pour obtenir de quoi vivre : c’est un « esclavage ». L’activité de l’intellectuel ou de l’artiste, au contraire, s’exerce « pour elle-même en fonction du plaisir ou de l’intérêt qu’elle éveille ». Là, il y a « hétéronomie », ici « autonomie ».
Si chacun aspire à s’épanouir hors du travail, le drame est que celui-ci est « nécessaire » au maintien de la civilisation. Alors imprégné d’élitisme et d’autoritarisme, Rensi n’apportait guère de solutions à ce dilemme.
Willy Gianinazzi

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