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Juristes catholiques. 1880-1940 : Revue française d’histore des idées politiques

samedi 26 septembre 2015

Juristes catholiques. 1880-1940 : Revue française d’histore des idées politiques,
28, 2e trimestre 2008

THIERS (Éric)

C’est un beau numéro que nous livre cette revue en consacrant ce dossier aux juristes catholiques de 1880 à 1940. À travers cinq articles (sur la « Belle époque » des juristes catholiques, sur Raymond Saleilles, Maurice Hauriou, l’Action française et le catholicisme social entre les deux guerres), on perçoit clairement que tous ces catholiques libéraux, sociaux ou d’Action française tentent de répondre, de manière très différente, à une seule et même question : comment, en tant que juriste et catholique, aborder cette modernité qui prend forme à partir de la fin du XIXe siècle ?
La crise moderniste catholique et la séparation de l’Église et de l’État sont évidemment les deux grands défis auxquels ces juristes sont confrontés. Certains transigent avec cette République nouvellement laïque tout en cherchant à se maintenir au sein de l’Église. D’autres, au contraire, rejettent le régime et n’acceptent pas d’être finalement devenus une minorité politique et intellectuelle. Derrière se profile une myriade d’interrogations très profondes, autour des origines du droit, de l’articulation entre droit naturel et droit positif, entre droit objectif et droits subjectifs, autour aussi de la hiérarchie des normes, de la nature de l’État et du rôle des corps intermédiaires, des droits de l’homme et de la puissance publique.
Si, conformément à la vocation de la revue, les articles traitent des idées, ils ne négligent heureusement pas l’étude des milieux, des réseaux autour des facultés libres de droit, des revues juridiques proprement catholiques, etc. On voit ainsi ces juristes s’organiser pour résister, par exemple, à la loi sur les congrégations puis, prenant acte de la nouvelle donne politique, chercher à peser autrement dans le débat public.
De hautes figures apparaissent au fil des contributions. Raymond Saleilles (1865-1912), professeur de droit civil à Paris, étudié par Patrice Rolland, offre l’image même de l’intellectuel qui fait de la modération un principe, assume une part de modernité dans cette « société ouverte » tout en préservant profondément son identité catholique en s’engageant sur le plan théologique lors de la crise moderniste de 1907. Ayant accepté la Séparation, il propose une critique libérale des institutions de la iiie République dont le régime des libertés publiques lui semble insuffisant.
Présent en filigrane dans presque toutes les contributions, Maurice Hauriou (1856-1929), doyen de la faculté de Toulouse, célèbre professeur de droit public, rival éternel de Léon Duguit, fait l’objet d’un article signé Julien Barroche. Il nous décrit un Hauriou libéral pour lequel les sources du droit sont plurielles. L’État, disposant de la puissance publique, doit rester subsidiaire - ce qui ne signifie pas secondaire - avec des corps intermédiaires qui produisent eux aussi des normes. Outre la défense du principe de subsidiarité, dont l’origine chrétienne n’est plus à démontrer, le catholicisme d’Hauriou trouve à s’exprimer notamment dans l’idée que le droit a une finalité résolument morale.
Par petites touches, en particulier sous la plume d’Yves Palau dans son texte sur le catholicisme social dans l’entre-deux-guerres, on voit aussi le rôle de Marcel Prélot (1898-1972) et de la revue Politique dans la construction d’une réflexion sur le rôle de l’État, le fonctionnement réellement démocratique des institutions avec de vrais contre-pouvoirs. Au-delà de Prélot, qui s’inscrit dans la tradition de Constant, Tocqueville et Thiers, Yves Palau montre aussi que sous le terme « catholicisme social », on peut distinguer plusieurs familles qui se divisent en particulier sur la question du corporatisme : communautariste et personnaliste anti-étatique ; libérale sociale ; étatiste corporatiste et autoritaire.
Au milieu de tout cela, les juristes proches de l’Action française comme le marquis de Roux (1878-1943), auxquels Stéphane Boiron consacre une étude nourrie, apparaissent en marge. L’Action française est avant tout « l’école du fait » et les milieux juridiques y sont peu représentés. C’est essentiellement autour de l’antisémitisme et de la législation déshonorante de Vichy qu’ils trouvèrent hélas à s’employer.
Hormis le cas particulier de cette extrême droite catholique, on ne peut, en définitive, que souscrire à la conclusion de Patrice Rolland et de Frédéric Audren - auteur également d’un article qui met bien en perspective ce que fut le milieu juridique catholique de 1880 à 1914 : « Une fois la République acceptée, ces juristes ont pu contribuer à l’enrichissement d’une tradition qui leur était largement extérieure, voire hostile. » On peut y voir la part catholique des origines de notre modèle républicain.


Cet article a été publié dans Mil neuf cent, n° 27, 2009 : Pensée coloniale 1900, p. 216-217.
Auteur(s) : THIERS (Éric)
Titre : Juristes catholiques. 1880-1940 : Revue française d’histore des idées politiques, : 28, 2e trimestre 2008
Pour citer cet article : http://www.revue1900.org/spip.php?article170

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