Revue d’histoire intellectuelle

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Présentation

mercredi 28 juillet 2004

Mil neuf cent, Revue d’histoire intellectuelle (Les six premiers numéros ont paru sous le titre Cahiers Georges Sorel)

(Extrait de l’avant-propos du numéro 20 coïncidant avec le vingtième anniversaire de la naissance de la revue)

Vingt ans ! Nous ne laisserons dire à personne que ce n’est pas, pour une revue, le plus bel âge de la vie. Encore faut-il l’atteindre. Lorsqu’en 1982, sur une idée de Shlomo Sand, nous décidâmes de fonder des Cahiers Georges Sorel, aucun d’entre nous n’aurait osé imaginer pareille longévité.

Il est vrai que nous partions de rien, ou de presque rien. Pour pallier la fâcheuse indifférence dans laquelle était tenue en France l’une des pensées les plus fortes et les plus originales du début du siècle, nous venions de tenir à l’École normale supérieure un colloque consacré à l’actualité de Georges Sorel. C’est Jean-Claude Casanova, alors au cabinet du Premier ministre Raymond Barre, qui nous avait généreusement fait accorder une subvention exceptionnelle. Le petit reliquat – car nous avions géré notre magot avec une parcimonie de père de famille – nous servit à publier les actes du colloque (Georges Sorel en son temps, sous la dir. de J. Julliard, S. Sand, Éd. du Seuil, 1985), ainsi que le premier numéro de la revue. Une double convention, plus proche de l’éthique libertaire que de l’ordre libéral, s’installa d’emblée entre nous, par consentement mutuel. La première, c’est que chaque livraison de la revue servirait à financer la suivante : cela impliquait une espèce de vœu de pauvreté en matière éditoriale. Non seulement, bien sûr, les articles ne seraient pas rémunérés, comme il est d’usage dans une revue scientifique, mais l’ensemble des tâches intellectuelles et matérielles relèverait du même principe de gratuité. Nous nous résolûmes enfin à nous passer de l’appui d’une maison d’édition pour assurer la rédaction et la distribution de la revue. Ce que nous perdions en commodité, voire en efficacité, nous le gagnions en termes d’indépendance, mais aussi en termes économiques. Il faut savoir en effet que les maisons d’édition prélèvent, pour assurer l’équilibre financier des services rendus, jusqu’à 70 % du prix fort de vente au numéro d’une revue. L’autre principe était celui d’une stricte égalité entre les membres du comité de rédaction, comme en témoigne la rotation que nous avons d’emblée établie entre nous dans la responsabilité des numéros successifs de la revue.

Quitte à céder pour une fois à un peu d’emphase, je dirais volontiers aujourd’hui qu’une revue n’est pas grand-chose, qu’une revue n’est rien, quel qu’en soit le contenu, si elle n’est pas d’abord une aventure intellectuelle fondée sur une certaine éthique. Ce faisant, nous ne faisions que prolonger à notre modeste échelle les pratiques et la morale professionnelle de ces hommes que nous admirions et qui tous furent de grands hommes de revues : un Pelloutier, un Monatte, un Péguy, et bien entendu un Sorel. Tous ces hommes de pensée et d’action, dont les livres ne furent jamais que le résultat de leur activité journalistique.

Ajoutons enfin qu’une revue n’est pas non plus une œuvre pleinement réussie si elle n’est pas également l’aventure d’une amitié. De par les principes de leur fonctionnement, les revues sont et resteront toujours l’un des pôles de résistance à la bureaucratie comme au mercantilisme ; l’un des témoignages les moins contestables de la liberté de l’esprit contre toutes les tentatives de normalisation intellectuelle et morale qui nous menacent constamment.

Tel fut d’emblée le climat qui s’installa entre nous, et qui nous préserva pendant ces vingt années de toute institutionnalisation, mais aussi de tout mandarinisme universitaire. Il n’y a pas chez nous place pour les chapelles. Il n’y a pas chez nous de hiérarchie. Il n’y a pas chez nous de nomenklatura, et on permettra bien aujourd’hui au directeur de la publication, puisqu’il en faut un, de rendre cet hommage à tous nos collaborateurs et amis : que ce refus des subtiles stratégies de domination, dont le monde universitaire n’est pas exempt – certes non – est ce qui continue de nous unir. Quand je considère l’évolution du comité de rédaction depuis le premier numéro jusqu’au dernier, je constate que les arrivées comme les départs sont l’effet normal des flux et des reflux de l’existence, mais qu’ils préservent la continuité et l’identité du noyau initial.

Nous avons évolué. En 1989, à partir du numéro 7, les Cahiers Georges Sorel sont devenus, sur une idée de Christophe Prochasson, Mil neuf cent, revue d’histoire intellectuelle. C’était rester fidèle à notre engagement de départ, exprimé en tête du numéro 1, que nous ne serions jamais les dévots de personne, et que nous ne finirions pas en éditeurs des notes de blanchissage de nos héros.

Dès le numéro 5, un autre principe fut adopté, d’abord empiriquement, ensuite systématiquement. Tous les numéros seraient, pour l’essentiel, thématiques. Cette orientation fut l’objet de discussions passionnées entre nous : ne risquait-on pas, ce faisant, de privilégier la recherche déjà faite au détriment de la recherche en train de se faire ? L’avantage des numéros variés est que les hasards d’une cohabitation disparate entre les articles y reflètent les hasards des recherches en cours. Tel est le but, telle est la fonction des grandes revues généralistes. À l’inverse, le caractère très janséniste de nos conditions d’existence nous imposait d’attirer l’attention des lecteurs occasionnels sur un sujet commun, sur des études « formant dossier », comme disait Péguy. Nous avons toujours cependant eu le souci de rester ouverts aux recherches en cours, et nous avons eu le plaisir à maintes reprises d’offrir à de jeunes chercheurs la griserie du premier papier imprimé...

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